Antiquité
Les grands philosophes influencent encore nos pensées... !
Platon et Aristote associent la parole à la raison donc, selon eux : "pas de paroles" implique "pas de pensée". Par conséquent, le sourd n'a pas de place dans la société.
Moyen-âge [utilisation du terme sourd-muet]
Le sourd est considéré comme un déficient mental, "l'idiot du village", qui bredouille avec les mains et la pantomime.
La langue des signes existe dans les communautés religieuses (moines faisant voeux de silence). Les prêtres sont chargés de l'éducation et reçoivent quelques enfants sourds de familles nobles. Ex : St Jérôme au IVe siècle.
Renaissance
XVIe siècle : St François de Sale invente une langue gestuelle pour enseigner Les Écritures à un sourd prénommé Martin.
Pedro Ponce de Léon fait la première démonstration publique de ses travaux avec les sourds.
Montaigne évoque la langue des sourds dans Les Essais.
XVIIe siècle : Première publication d'un "alphabet manuel" par Juan Pablo Bonet.
L'Europe s'éveille au problème de l'instruction des sourds.
XVIIIe siècle Les premiers pas
Jacob Rodrigues Pereise "enseigne" la parole et le français à des enfants sourds de famille noble. Projet utopique et barbare de démutisation.
Les sourds accèdent à l'éducation mais par la langue orale.
L'abbé Michel de l'Épée (1712-1789) rencontre deux jumelles sourdes et s'engage à faire leur éducation. Il apprend avec elles leur code gestuel, crée une école pour sourds chez lui, puis l'Institut National des Jeunes Sourds.
1776 : il publie "Institution des Sourds-Muets" qui fait l'effet d'une bombe dans les milieux intellectuels. Son ouvrage explique son travail avec les enfants pour leur enseigner le français : utilisation de signes naturels auxquels il ajoute des signes grammaticaux artificiels qui indiquent les temps, les personnes, les genres et les fonction grammaticales.
En fait, il est le premier à instruire les sourds avec des gestes, mais le système des signes méthodiques est très complexe et il fait perdre le sens des signes au profit de la description du mot. Son erreur est de calquer la langue des signes sur le français linéaire. Il parvient tout de même à imposer l'idée que les sourds sont des hommes comme les autres.
1791 : Les sourds entrent dans le cadre des Droits de l'Homme.
Les successeurs de l'abbé de l'Épée
L'abbé Sicard (1742-1822) multiplie à outrance l'usage des signes méthodiques, les élèves ne comprennent plus rien. Il provoque l'échec de cette méthode.
Bébian (1749-1834) instaure à l'INJS une véritable éducation bilingue (langue des signes + français écrit). Les démonstrations publiques des résultats obtenus avec les sourds sont monnaie courante. Fait-on des démonstrations publiques de lecture ou de calcul pour les enfants entendants ?
Des écoles pour sourds apparaissent un peu partout dans les grandes villes de France et en Europe.
XIXe siècle
1820-1870 : époque forte et riche en échanges pour la communauté sourde.
1817 : Laurent Clerc exporte les méthodes d'enseignement en Amérique. Il fonde là-bas, avec Thomas Hopkins Gallaudet, la première institution des sourds-muets. L'Institut Gallaudet est aujourd'hui un immense pôle universitaire consacré aux sourds et à leur langue.
Deux groupes se forment : les oralistes et les gestualistes.
1880 : Le congrès de Milan
Son organisation et sa préparation sont douteuses. Vote quasi-unanime pour l'interdiction de la langue des signes dans l'éducation des sourds et par... des entendants. Les instituteurs sourds sont remerciés et petit à petit, la Langue des Signes Française disparaît des écoles.
UN SIÈCLE DE SILENCE ET D'OPPRESSION...
Mais la L.S.F. ne meurt pas, bien sûr !
XXe siècle [utilisation du terme Déficients auditifs]
mai 68 : la société s'éveille à la diversité des cultures et aux minorités linguistiques.
années 70 : l'Europe se pose la question de l'efficacité de l'oralisme pour l'éducation des sourds.
1975 : Journal hebdomadaire de 15 minutes sur Antenne 2.
1976 : Harry Markowicz et Bernard Mottez créent un groupe d'études linguistiques et sociologiques de la communauté sourde de France.
Naissance de l'I.V.T. (pôle artistique français de la langue des signes).
Années 80 : [utilisation du terme Sourds et malentendants]
Le tissu associatif qui donne des cours de L.S.F. se développe partout en France... ou presque.
L'éducation bilingue ou totale (LSF + français écrit) provoque un intérêt croissant.
Quelques écoles mettent en place l'intégration d'élèves sourds en école ordinaire.
1988 : le Parlement européen conseille aux pays membres de soutenir la reconnaissance des Langues des Signes respectives... le tout sans interprète !
La médecine moderne prétend résoudre le problème de la surdité avec l'implant cochléaire.
1979-1986 : "Mes mains ont la parole" contes et histoires en L.S.F. pour les enfants sur Antenne 2.
1991 : la Loi Fabius donne le droit aux parents de choisir l'éducation qu'ils désirent pour leurs enfants sourds. (Soyons lucides, dans la mesure des moyens éducatifs présents dans leur région).
1994 : "L'oeil et la main", 30 minutes en L.S.F. et sous-titrées sur la cinquième, tous les samedis matin.
De nos jours
2002 : reconnaissance officielle de la L.S.F. par l'Éducation Nationale.
1er janvier 2005, reconnaisance officielle de la LSF comme langue de l'état français
A la télévision :
"L'oeil et la main" sur France 5, le samedi matin, rediffusé le jeudi.
Journal quotidien de 7 minutes, en L.S.F. sur France 2.
Traduction en L.S.F. de l'Assemblée Nationale.
Une petite centaine d'interprètes sillonne la France pour répondre aux attentes des sourds.
Seules quelques grandes villes bénéficient des services adaptés aux sourds et malentendants et du choix pour l'éducation...
TOUT RESTE A FAIRE... !