La L.S.F. ?


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Loin de nous la prétention d'expliquer en totalité le fonctionnement de la langue des signes : comme pour toute langue, ce serait impossible en quelques lignes.

Nous relèverons ici quelques originalités et la première d'entre toutes est que la L.S.F. est gestuo-visuelle ; elle ne connaît pas de transcription.

Il ne s'agit pas d'une transcription du français en gestes, c'est une langue à part entière qui possède ses propres règles. Elle met tout simplement en action un autre canal de transmission de l'information (le corps, les mains, le visage) que les langues orales.

Posons-nous tout d'abord la question de savoir si la L.S.F. est une langue universelle ?

Soulignons à présent quelques caractéristiques idiomatiques...

La L.S.F. est-elle une langue universelle ? oui et non...

Non : Les signes sont le reflet de la culture et de la langue écrite du locuteur/signeur. Par exemple, on ne cuisine pas de la même façon en Chine et en France, l'architecture des maisons est différente en Angleterre et en Orient... Les signes de chaque langue se réfèrent à leur culture et leur environnement propre.

De plus, les locuteurs/signeurs prennent souvent appui sur la langue écrite du pays. En France, le signe "vivant" s'effectue avec la configuration "V", en référence à l'initiale du mot. Nous comprenons vite que ce signe ne peut pas être international puisque le vocable "vivant" ne s'orthographie pas de la même façon dans chaque pays.

On peut même ajouter que, en ce qui concerne la langue des signes française, les signes diffèrent selon les régions, voire les villes. Longtemps interdite en public, la L.S.F. a survécu clandestinement dans les familles sourdes et les écoles qui leur étaient destinées.

N'ayant plus de référence ni de dispersion nationale, la langue a évolué en petits vases clos, individuellement, dans les instituts ou les foyers (de la même façon que les patois régionaux français).

Sa réhabilitation est encore récente. L'échange linguistique indispensable à l'uniformisation de langue est un phénomène de très longue haleine.

Oui : Bien que de nombreux signes varient d'un pays à l'autre, les paramètres et la systématisation des langues des signes reste les mêmes dans le monde entier. Par conséquent, et au contraire des locuteurs oraux, deux sourds de pays lointains, peuvent très vite (après environ 1 heure d'observation mutuelle) se comprendre et entamer la discussion. L'adaptation à la différence et l'échange culturel est grandement facilité !

Il existe également une langue des signes internationale, appelée Gestuno, mais elle a été créée de façon artificielle pour permettre l'interprétation instantanée de conférences ou de débats regroupant des individus du monde entier (O.N.U., Congrès International des Sourds, etc.)

1. La formation des signes

Contrairement aux idées reçues, l'alphabet est un composant de la L.S.F.. Il sert à épeler les noms propres ou typographiques. Cependant il n'est pas la base de la langue comme il peut l'être pour le français.

Ce n'est pas l'association de lettres et de syllabes qui forment la L.S.F., ce sont les paramètres suivants :

La configuration de la main : c'est la forme de la main. Il en existe environ 60 en L.S.F.. Elles diffèrent selon les pays.

Ex : configuration 5 configuration V configuration X bec de canard

L'orientation de la main, selon que la paume est tournée vers le haut, le bas, la droite ou la gauche.

L'emplacement de la main sur le corps et dans l'espace du signeur. Les signes s'exécutent du haut de la tête jusqu'à la ceinture, sauf exceptions qui confirment la règle...

L'espace du signeur est limité, les signes trop loin de son corps ou très haut au-dessus de sa tête sont maladroits.

Le mouvement de la main. Celui-ci peut-être simple (ex :du haut vers le bas) ou complexe (ex : formant une boucle dans l'espace).

L'expression du visage est sans doute le paramètre le plus difficile à décrire et à appliquer pour les entendants. Celle-ci est très importante, elle fait partie intégrante du signe, qui ne prend son sens que lorsque tous les paramètres sont réunis.

ex : le mouvement, l'orientation, l'emplacement, et la configuration sont les mêmes pour les signes "avoir mal au coeur" et "être content". Seule l'expression du visage les différencie.

Notons que les signes s'effectuent pour certains avec une main, pour d'autres avec les deux. Dans le premier cas, on utilise la main dominante (selon que le signeur est gaucher ou droitier), dans le second, deux options se présentent. Certains signes appellent le mouvement des deux mains. D'autres d'une seule. Dans ce dernier cas, c'est la main dominante qui bouge tandis que la main dominée reste fixe.

EXEMPLES

Signes avec une main Signe avec deux mains mobiles

Signe avec la main dominante mobile

images extraites de "Dictionnaire 1200 signes" Éditions Monica Companys

2. Place des mots dans la pharse

La L.S.F., à l'instar des autres langues gestuelles, fait appel à la théâtralité. En français la place des compléments dans la phrase est relativement libre, pas en L.S.F..

Pour commencer, le signeur place son texte dans le temps, puis dans l'espace. Le décor est planté, l'action peut commencer. Il donne le sujet et décrit enfin son action. Résumons ainsi :

-> TEMPS -> LIEU -> QUI -> QUOI -> VERBE

De façon générale, le signeur place en dernier, dans son énoncé, ce qu'il veut mettre en lumière.

exemple : en français : Hier, elle a croisé un chien dans la rue.

en L.S.F. : Hier - dans la rue - elle - un chien - croiser

3. L'expression du temps

Nous l'avons vu dans le chapitre décrivant la place des mots dans la phrase, la notion de temps (le signe qui l'indique) est le premier élément de l'énoncé dans la plupart des cas.

exemple : en français : Hier, je suis allé au cinéma.

en L.S.F. : Hier - cinéma - je - aller

Toutefois, lorsque le temps de l'action est moins précis, le fonctionnement est différent. Dans ce cas, le locuteur/signeur ajoute après le signe verbal, un signe qui indique le passé ou le futur, en nuançant la distance par rapport au présent.

Deux signes temporels sont à étudier plus précisément, dans la mesure où leur traduction directe en français est impossible.

1) Le "Va-Va" :

Le nom de ce signe est étrange pour un locuteur/signeur entendant. Il indique le futur proche, à l'instar du verbe aller au présent en français.

exemple : en français : Elle va acheter du pain.

en L.S.F. : Pain - Elle - Acheter - Va-Va

2) Le "Touche-fini" :

Ce signe est plus difficile à expliquer de façon linéaire, mais pour être un signeur averti, il est indispensable de le connaître et de savoir l'utiliser. Il peut se traduire par l'adverbe "déjà" en français, bien que cette transcription ne soit pas idéale.

exemple : en français : Je connais la nourriture chinoise.

(J'ai déjà mangé de la nourriture chinoise)

en L.S.F. : Nourriture - Chine - Je - Touche-fini

exemple : en français : J'ai acheté le livre de Racine.

en L.S.F. : Livre - Auteur - Racine - Je - Acheter - Fini

Résumons

Le rapport au temps de la L.S.F. est linéaire dans l'espace. Le signeur est le point de repère du présent, derrière lui se trouve le passé, devant lui, le présent. Plus il avance son bras devant lui, plus il indique un temps éloigné dans le futur et inversement.

Les verbes ne subissent pas les conjugaisons, et le signe est identique, quelque soit le temps évoqué.

Notons enfin que, lors d'une conversation entre deux personnes en L.S.F., le signe du temps donné au départ d'une phrase délimite le champ temporel de l'énoncé, jusqu'à ce qu'un autre signe vienne le modifier en donnant un autre repère de temps.


 
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